Ceci est-il un paysage ?

Le Clos la Garenne à Fresnes en 1960. Photographie anonyme © Ecomusée du Val de Bièvre

Questionnant l’existence d’un paysage « urbain », deux expositions présentées de part et d’autre du périphérique, invitent à s’interroger sur les définitions et les représentations de la ville. Enrichissant le regard que nous portons sur nos territoires et leurs projets, elles ont particulièrement retenu notre attention cet été, de par leur pertinence et leur qualité visuelle.

« Partie d’un pays que la nature présente à un observateur » suggère Le Robert pour définir un « paysage ». Des espaces naturels caractéristiques s’imposeraient donc à nous, du haut d’un point haut, selon un cadrage laissant apparaître la ligne d’horizon…

En proposant de partir à la découverte des jardins parisiens, une première exposition au parc de Bagatelle, « Paris, paysages », permet de jouer avec cette première définition courante. S’il y a un paysage de la capitale, il tiendrait à ses emprises vertes… dessinés toutefois par des « paysagistes » ! Au fond, c’est bien de la ville dont on parle mais de la ville majeure, magnifiée par des espaces non bâtis tout en étant savamment artificialisés.

Pour les géographes, le paysage est avant tout une construction sociale, « un regard sur le monde, qui se fait depuis un point de vue particulier à un moment particulier ». Si dans une société rurale, il est logique que le paysage se réfère à des espaces où la nature est fortement présente, dans notre société citadine il serait attendu que les représentations intègrent le cadre urbain.

Pépinière de Fresnes. © Eric Facon / Le Bar Floréal Photographie

C’est ce à quoi s’emploie l’écomusée de Fresnes avec l’exposition « Paysages de Banlieue » qui retrace, grâce à une riche iconographie, l’histoire de la pratique paysagère depuis le XVIIe siècle appliquée au territoire de la communauté d’agglomération de Val de Bièvre.  Pour la période contemporaine, les toits, les grands axes routiers, les rues de centre-ville deviennent des éléments remarquables. La persistance de la nature dans les interstices de ce tissu urbain dense n’en est pas moins omise.

Ce travail souligne toutefois que la légitimité de la notion de « paysage urbain » n’est pas encore définitivement acquise. Notamment lorsqu’elle porte sur la banlieue, toujours chargée de préjugées. « Et si [elle] n’était pas un « non-lieu », qui se définit uniquement dans son opposition à la capitale, un lieu « sans histoire », qui renvoie aux mêmes images grises de grands ensembles… ? » se demandent les commissaires de l’exposition. Derrière la controverse paysagère c’est donc un débat sur ce qui « fait ville » qui se dessine.

Photo d’élève d’une école du Val-de-Bièvre ayant participé aux  Ateliers de l’Imaginaire de l’écomusée

Photo d’élève d’une école du Val-de-Bièvre ayant participé aux Ateliers de l’Imaginaire de l’Ecomusée

Le passage du tout rural au tout urbain en quelques générations seulement, que cette rétrospective met au jour de manière édifiante, apparaît comme une hypothèse permettant de comprendre la difficulté à apprécier le paysage de la banlieue. La combinaison de cartes, de documents publicitaires et surtout d’œuvres d’art, dont certaines sont issues de projets conduits avec des habitants, restitue à ce territoire urbain de faubourgs toute sa densité et sa complexité, jusque dans ses dimensions esthétiques.

« Paris, paysage »
Jusqu’au 3 novembre 2013, tous les jours de 9h30 à 20h, Parc de Bagatelle, 5,50 / 2,75 €

« Paysages de Banlieue »
Jusqu’au 15 décembre 2013, Ecomusée de Fresnes (Ferme de Cottinville), entrée libre

D’autres initiatives de sensibilisation à l’urbanisme, aux paysages… :

En lien avec les collectivités du Val de Bièvre, l’association Des ricochets sur les pavés conduit des projets artistiques en vue de valoriser « la spécificité humaine, environnementale, historique, architecturale et patrimoniale » du territoire. Tout un volet du travail de la structure est consacré à la redécouverte de la Bièvre, cet affluent de la Seine en partie enfoui dans les années 1950.

Cette incursion dans le Val de Bièvre, situé à l’ouest du Val-de-Marne et faisant face aux Hauts-de-Seine est en outre une excellente occasion de profiter des conférences et visites proposées les  Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) 92 et 94.

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